Memnonium

Monument en grec (mnimio) est de même racine que mnèmèion - mémoire (mnèmè), cette Mnémosyne qui, selon le mythe ancien combat l'oubli.

Les premiers monuments étaient généralement funéraires, le grec appelant d’ailleurs « souvenir » (mnémeion) un monument, celui-ci ayant pour fonction première de commémorer les morts. Le contraire du monument, c’est l’amnésie. Le monument doit se dresser pour être vu

La racine indo-européenne "mane" qui signifie "rester, demeurer". Cette même racine a donné le grec ancien "meno" et "mimno", proches de "meneme", la mémoire, ainsi que le latin "maneo", je demeure.
( "rémanent", "to remain" et "das Mahnmal", le monument.)

Mnémé Fille de Mnémosyné et Zeus Soeur de Aoedé et Mélété

Les Muses seront au nombre de trois, à l'origine. Elles s'appelleront Mélété (la Pratique), Mnémé (la Mémoire) et Aoedé (le Chant) et seront identifiées à la musique et à la littérature. Leur domaine s'étendra ensuite à l'histoire, la philosophie et l'astronomie. Les poètes leur attribueront leur inspiration et invoqueront leur aide. Le nom de la Muse Mnémé (la Mémoire) nous rappelle que les premiers poètes ne possédaient pas de livres. Les Muses seront souvent représentées pourvues d'ailes. Elles habiteront les montagnes, notamment celles de l'Hélicon, près d'Ascra en Béotie, et de Piérie, près de l'Olympe. Pausanias raconte que les Aloades seront les premiers à leur rendre un culte sur l'Hélicon. Les habitants de Delphes leur appelleront d'Aiguë (Nété), Médiane (Mésè) et Grave (Hypatè), le nom des trois cordes des premières lyres.

La marche du pélerin

Dans le rite, la réitération du geste est magie parce qu’elle jette un pont entre le spéculatif et l’opératif. En réactualisant le pèlerinage de l’âme, il vivifie la mémoire du temple. Les pas, sont les premiers d’un long pèlerinage à la recherche de ma mémoire perdue.

Selon Platon, dans le Critias, le prêtre égyptien de Saïs dit :

« tout ce qui s’est fait se trouve consigné par écrit dans nos temples depuis un temps immémorial, les autres peuples sont comme des jeunes ignorant sans mémoire. » Les anciens égyptiens avaient la nostalgie d’un age d’or quand l’homme et les dieux vivaient encore ensemble. (GEB-NOUT) L’Egypte a permis d’écrire le livre de l’homme en étudiant le livre de la nature dans les pages duquel il recherche les mystères de la vie. Le mythe égyptien prend ses racines à l’aube de la conscience humaine, dans les archétypes de l’origine. Le terme «Genèse» n'existe pas en égyptien. Ils utilisent l'expression Première Fois».

«Alors que le temps n'existait pas», il y avait le Noun, Non Manifesté, Océan immobile et sombre. La lumière n'existait pas. Au sein de cette étendue liquide, sommeillait Atoum, le Démiurge, inconscient de son existence. «Celui qui est venu à l'existence de lui-même». Ecrit avec le signe hiéroglyphique du traîneau. Il symbolise le mouvement, ou plutôt sa raison cachée, le moteur de l'univers. Il signifie en même temps «ne pas être» et «être complet». Il représente les deux états de l'univers, potentiel et réalisé, la Totalité qui sommeille dans le Néant. En s’éveillant il prend conscience de sa différence (TSIM TSOUM ?), et se met à parler avec le Noun. Cette Parole, est le Verbe Créateur Originel qui projette la Création hors du Néant, et fait naître le cosmos hors du Chaos. Ce démiurge est considéré comme le premier grand architecte. 

 

Paragraphe 80 des CT

Tefnout est ma fille vivante, elle est avec son frère Chou.
Il s'appelle Vie elle s'appelle Maât
Je vis en compagnie de mes deux enfants, de mes deux jumeaux,
étant au milieu d'eux,
L’un auprès de mon dos, l'autre auprès de mon ventre.
Vie se couche avec Maât, ma fille,
l'un à l'intérieur de moi, l'autre autour de moi.
Je me suis dressé entre eux, leurs bras étant autour de moi.»

Comment l'invisible devient visible.

Le prêtre-roi reçoit le souffle de vie de RA et est chargé de le transmettre à ses sujets pour garantir l’ordre cosmique qui maintient la création hors du chaos initial. La Création ne s'est pas arrêtée, elle se répète inlassablement. Chaque matin est l’indispensable confirmation de la «Première Fois». L’image de ce cycle était donnée par la crue annuelle du Nil recouvrant la vallée dont toute vie semble absente. Puis la décrue laisse apparaître la manifestation, qui se déploiera jusqu’au cycle suivant.


Le but de ces récits d’inspiration panthéiste, est d'établir un lien entre le monde d'en bas, et le monde d'en haut, son prototype céleste. Ils tentent d'expliquer comment l'invisible devient visible, l'intangible devient tangible, l'esprit devient matière. Au cycle du Nil vient se superposer celui du soleil, prenant un nom différent pour chacun de ses états. Le lever, le midi, le coucher, la nuit.
Venant de la préhistoire de la civilisation égyptienne, cette Genèse n'est révélée qu'à la période de l'Ancien Empire (-2600 à -2300) dans les «Textes des Pyramides» La version la plus détaillée sera développée dans les «Textes des Sarcophages» du Moyen Empire (-2300 à -2000) et aura des prolongements dans le « livre des morts ». (-1100) .

Au fil de l’histoire le rapport au divin évolue :
Le roi est d’abord l’incarnation du divin, puis il devient son intermédiaire et partage peu à peu ce privilège avec les nobles, puis le peuple entier reçoit l’initiation. Avec le nouveau testament, le message devient universel, et la prise de conscience individuelle.

Le premier labyrinthe.

Chacun de nous, peut revivre le mythe.

Débarrassé des milles et un embarras de la vie, sandales aux pieds, bâton à la main, je vais marcher librement, les reins ceints de vérité, la lampe, de mon entendement, allumée, je m’avance vers la terre promise. Vers l’orient, je suis la course nocturne du soleil dans le royaume des morts. Je vais me perdre pour me retrouver dans le labyrinthe des symboles.

 

Le premier labyrinthe connu fut bâti en Égypte, vers l’an -1800, par Amenemhat III, de la 12ème dynastie. Composé de 2 fois 1500 pièces superposées, il se situait au dessus du lac Moeris, près de la ville des crocodiles (Abydos) où fut également bâti le Memnonium, qui abritait la tête d’Osiris. Hérodote (-420), écrivit que ce monument surpassait les pyramides.

Un monument, pour les grecs, est ce qui demeure (mane) et représente ce qui reste.    La mémoire.

Sur le seuil du monde souterrain, je m’apprête à rencontrer le jugement de Maât. Je suis prêt à frapper à la porte, mon bras, ma main, le levier… Je passe à l’acte.

Je plonge du monde idéal dans l’actualité de l’histoire. Pour paraphraser Archimède, je dirai : donner moi un point d’appui et je « basculerai » mon monde. Je franchirai le premier passage de l’horizontale à la verticale. Ce point d’appui, c’est la foi dans la règle, qui unit la matière à l’esprit. Le serment.

Noun