LE VOILE D'ISIS 1 (64x50)
« Au commencement était la parole.» C'est ainsi que l'homme vivait dans l'intimité de la Parole jusqu'à ce que la « chute » ne l'en éloignât. Alors ils entendirent la voix de l'Éternel, qui
parcourait le jardin vers le soir, et ils se cachèrent au milieu des arbres du jardin. Et Il dit : « Le sol sera maudit à cause de toi, tu es poussière, et tu retourneras dans la poussière. ». Il
leur fit des habits de peau, et les en revêtit.
C'est ainsi que l'homme tint son âme cachée et silencieuse, au plus profond de lui-même, et que la parole devint inaudible.
Ne pas manger les fruits de la connaissance ou Ne pas s'attacher aux effets de nos actes.
Responsables sans attachement émotionnel.
Vivre l'instant présent (Cf. Georges Ivanovitch Gurdjieff , Jiddu Krishnamurti)
Le vivant ne s'attache pas aux choses mortes. Laissez les morts enterrer les morts.
Ne pas oublier. Pourquoi la mémoire.
LE VOILE D'ISIS 2 (64x50)
Lorsque j'étais un petit enfant et que j'habitais dans le royaume de la maison de mon Père, et que je trouvais mon bonheur dans la richesse et la splendeur de ceux qui
m'élevaient, mes parents m'envoyèrent de l'Orient, notre patrie, avec des vivres pour le voyage. Des richesses de notre trésor, ils m'attachèrent un fardeau grand et pourtant léger, si bien que je
pouvais le porter à moi seul : or de Beth Ellâgé, argent du Gazak, rubis de l'Inde et agates de Beth Koushân, et ils me munirent de diamants adamantins. Ils me retirèrent la robe de gloire que dans
leur amour ils avaient faite pour moi, et mon manteau de pourpre, tissé sur mesure à ma taille, et ils conclurent un traité avec moi, et ils l'écrivirent dans mon coeur pour qu'il me fût impossible
de l'oublier : « si tu descends en Egypte et si tu rapportes la Perle unique, celle qui se trouve au milieu de la mer encerclée du dragon à bruyante haleine, tu revêtiras de nouveau ta robe de gloire
te ton manteau par-dessus, et avec ton frère, le plus proche de nous par le rang, tu seras l'héritier de notre royaume ».
Je quittai l'Orient et descendis, escorté de deux courriers royaux, car la route était dangereuse et pénible et j'étais bien jeune encore pour un tel voyage. Je passai les frontières de Maishan,
rendez-vous des marchands de l'Orient, j'arrivai au pays de Babel, et je pénétrai dans l'enceinte de Sarboug. Je descendis vers l'Egypte, et mes compagnons me quittèrent. Je me rendis sans délai
auprès du dragon, et je me tins au voisinage de son gîte, en attendant qu'il s'assoupît et dormît, pour que je pusse lui ravir la Perle. Comme je restais tout seul et retiré, j'étais un étranger pour
les autres habitants de mon auberge. Cependant, je vis quelqu'un de ma race, un jeune homme bien fait et de bonne mine, un fils de l'onction. Il s'attacha à moi, et j'en fis mon intime et mon
confident, à qui je m'ouvrais de ma mission. Je le mis en garde contre les Egyptiens et contre le commerce des immondes. Malgré tout, je m'habillai de leurs vêtements, de crainte qu'on ne me
soupçonnât d'être venu de loin pour m'emparer de la Perle et qu'on n'excitât le dragon contre moi. Mais, par quelque endroit, ils s'aperçurent que je n'étais pas leur compatriote, et ils captèrent ma
confiance, et ils me mêlèrent de leur ruse à ma boisson, et me donnèrent de leurs mets à manger et j'oubliai que j'étais fils de roi, et je servis leur roi. J'oubliai la Perle, pour laquelle mes
parents m'avaient envoyé. Appesanti par leur nourriture, je tombai dans un profond sommeil.
Tout ce qu'il advenait de moi, mes parents le surent et s'en affligèrent. Il fut proclamé dans notre royaume que tous devaient venir à nos portes. Et les rois et les grands de Parthie et tous les
notables de l'Orient résolurent que je ne serais pas abandonné en Egypte. Et ils m'écrivirent une lettre, et chacun des hauts personnages la signa de son nom.
« De ton père le Roi des Rois, et de ta mère, souveraine de l'Orient, et de ton frère,, le plus proche de nous par le rang, à toi, notre fils en Egypte, salut. Réveille-toi de ton sommeil et mets-toi
debout, et perçois les mots de notre lettre. Souviens-toi que tu es un fils des rois : vois dans quel esclavage tu es tombé. Pense à la Perle, pour laquelle tu as été envoyé en Egypte. Souviens-toi
de ta robe de gloire, souviens-toi de ton manteau éclatant, afin que tu puisses les revêtir et et t'en parer, et que ton nom soit lu dans le livre des héros, et que tu deviennes, avec ton frère,
notre représentant, héritier dans notre royaume ».
Ainsi qu'un messager était la lettre que le Roi avait scellée de sa main droite contre les méchants, les enfants de Babel et les démons rebelles de Sarboug. Elle s'éleva sous la forme de l'aigle, roi
des oiseaux, et prit son vol pour se poser près de moi, et se fit toute parole. Au bruit de sa voix, je m'éveillai et je sortis de mon sommeil, je la ramassai, je l'embrassai, j'en brisai le sceau et
je la lus. Tout pareil à ce qui était écrit dans mon coeur étaient tracés les mots de ma lettre. Je me ressouvins que j'étais un fils de rois, et que mon âme, née libre, soupirait après sa propre
nature. Je me rappelai de la Perle pour laquelle on m'avait envoyé en Egypte, et je mis à enchanter le terrible dragon à la bruyante haleine. Je le charmai à l'endormir en prononçant sur lui le nom
de mon père, le nom de notre plus proche par le rang, le nom de ma mère, reine de l'Orient. Je m'emparai de la Perle, et je fis demi-tour, pour gagner la maison de mon Père. J'ôtai leur sordide et
immonde vêtement et l'abandonnai dans leur pays; et j'adressai mes pas vers la lumière de notre patrie, l'Orient.
Ma lettre, mon éveilleuse, je la trouvai devant moi sur mon chemin; et de même qu'elle m'avait éveillé par sa voix, de même elle me guida grâce à sa lumière qui brillait devant moi ... , et par sa
voix elle donnait courage à ma crainte, et par son amour elle m'entraînait. J'allai de l'avant et passai par Sarboug : laissant Babel à ma gauche, j'arrivai au grand Maishan, le port des marchands
qui est au bord de la mer. Ma robe de gloire que j'avais ôtée, et mon manteau, dont elle était enveloppée, mes parents les envoyèrent à ma rencontre, par leurs trésoriers, qui en furent chargés. J'en
avais oublié la splendeur, car je l'avais laissée, enfant, dans la maison de mon Père. Soudain, tandis que je la voyais en face de moi, elle m'apparut semblable à moi, comme l'image de moi dans un
miroir : je la voyais toute entière en moi, et tout entier je me voyais en elle ; nous étions deux dans la distinction, et pourtant, de nouveau un dans une forme unique ... Et l'image du Roi des Rois
y était peinte partout ... Je vis aussi palpiter sur elle tous les mouvements de la gnose. Je vis qu'elle se disposait à parler et je perçus le son de ses chants, qu'elle murmurait en descendant : «
Je suis ce qui a agi dans les actes de celui pour qui j'ai été élevé dans la maison de mon Père, et j'ai aperçu moi-même combien j'avais crû en stature, en proportion de ses travaux ». Et dans ses
royaux mouvements, elle ruisselle toute entière vers moi, et me pousse à la prendre des mains de ses porteurs; et moi aussi, mon amour me pressait de courir à elle et de la recevoir. Et je m'étirai
vers elle, et je la saisi et de la beauté de ses couleurs je m'en parai. Et je m'enveloppai tout entier dans mon manteau royal. Ainsi vêtu, je montai jusqu'à la porte de salutation et d'adoration. Je
courbai la tête et j'adorai la splendeur de mon Père, qui me l'avait envoyée, dont j'avais accompli les ordres tout comme il avait fait, lui, ce qu'il avait promis ... Il me reçut dans la joie, et
j'étais avec Lui dans son royaume, et tous ses serviteurs le louaient d'une voix forte de ce qu'il avait promis que je voyagerais jusqu'à la cour du Roi des Rois, et qu'ayant apporté ma Perle je
comparaîtrais devant lui.
Ecrit gnostique (apocryphe) : « Actes de Thomas »
Voir aussi : Évangile apocryphe selon Thomas - traité copte découvert en 1945 à Nag-Hammadi (Egypte)
Évangile de Thomas, 29 – Si la chair est née à cause de l'esprit, c'est admirable. Mais si c'est l'esprit à cause du corps, c'est plus qu'admirable.
Evangile de Thomas, 61 – Ce qui n'est pas divisé sera empli de lumière, tandisque ce qui est divisé sera empli de ténèbres
LE VOILE D'ISIS 3 (64x50)
Saint Ephrem priez pour nous. Amen.
Un jour, mes frères, une perle me tomba entre les mains. Un travail merveilleux réunissait en elle les insignes de la royauté, les images et les symboles de cette majesté imposante et sublime. Je compris qu'elle était la source à laquelle je pourrais puiser en abondance les secrets du Fils de Dieu. Étendant aussitôt la main, je la saisis, et, tandis que je la tiens et que je l'examine avec attention, je m'aperçois qu'elle n'a pas une seule face; qu'elle est sans aspérités, et ne présente à la vue qu'un seul aspect. Aussi je compris qu'elle était le type du Fils de Dieu dont la divinité reste encore impénétrable, incompréhensible, bien qu'elle soit toute lumière. Le lustre, l'éclat brillant de cette perle représentait cette nature supérieure dont la splendeur n'est obscurcie par aucune ténèbre et dont la paix n'est troublée par aucune guerre. Son exquise blancheur indiquait l'inaltérable pureté du Corps du Seigneur, et sa nature simple et indivisible attestait aussi que la vérité est une. On voyait en elle la figure de l'Église, enfant immaculé de cette perle; dans ses bras le Fils de Dieu, et près du Fils, sa Mère assise avec la gloire qui lui échut autrefois dans les nuées et dans les cieux, d'où cette lumière, émanation de la Lumière est venue briller sur nos têtes. De tels symboles laissaient voir en elle l'image de ses victoires et de ses triomphes, indiquaient ses services et ses fruits admirables; en sorte que je ne compris pas seulement les beautés offertes à ma vue, mais que j'en imaginais une foule qu'elle recélait.
Je me félicitais d'avoir trouvé une arche plus précieuse que celle de Noé, et je ne pouvais me lasser d'en contempler la magnificence. J'admirais en elle des chambres nuptiales, qui, pour être fermées, n'étaient pas cependant obscurcies par les ténèbres, parce qu'elle est fille du soleil. J'admirais des signes éloquents, la réponse donnée dans le silence de l'oracle, une harpe immobile et résonnant sans bruit, lorsque tout-à-coup le son de la trompette vint frapper mes oreilles, les nuées se rompirent et ces paroles retentirent avec un éclat épouvantable: "Garde-toi de désirer orgueilleusement ce que l'on te refuse; passe avec une admiration discrète et silencieuse sur les secrets et les mystères, et poursuis avec modestie ce que l'on te permet de connaître." Je fus de nouveau saisi d'étonnement à la vue d'une pluie sans nuages; l'eau qui semblait tomber du ciel était la source qui remplissait mes oreilles de l'interprétation d'une infinité de mystères. Aussi la perle était pour moi cette rosée de miel qui suffit pour faire subsister le peuple sans qu'il eût besoin d'une autre nourriture. Elle m'a dégoûté de tout autre aliment : déjà je ne recherche plus les livres, leur interprétation me semble inutile, encore qu'il me reste mille secrets que j'eusse désiré découvrir; je vois pourtant que cette perle n'a ni bouche pour me parler quand je l'écoute, ni oreilles pour m'entendre quand je l'interroge. Enfin je reconnais qu'elle n'est douée d'aucun sens, elle qui me transmet des facultés nouvelles pour pénétrer les divins mystères.
Tout-à-coup elle s'exprime en ces termes: "Je suis fille de l'immense océan, et de cette mer qui m'a donné l'être; j'apporte dans mon sein le trésor des mystères. Pour toi, mesure les flots qui ont été mesurés à tes forces, respectes-en le Maître et crains de lever tes yeux jusqu'à Lui. J'ai vu des plongeurs expérimentés dans leur art me suivre dans cette mer, et reculer aussitôt épouvantés de ses profondeurs, et n'en pouvant supporter un instant le murmure, tremblants, ils regagnaient la terre. Et qui donc pourrait sonder à loisir la divine immensité ?" .
II.
A qui te comparer, ô perle admirable ? J'écoute avec anxiété, oh! de grâce, que ton silence m'instruise; parle, mais sans bruit; tes paroles muettes, à qui les comprendra, révéleront que le mystère que tu présentes exprime silencieusement le Réparateur de notre salut. Ta mère est vierge et pourtant elle est femme de l'Océan: l'Océan ne l'a point épousée, c'est de son propre mouvement qu'elle s'est précipitée dans son sein. Elle t'a conçue en état de virginité; nulle autre ne rappelle comme toi par son origine le Verbe divin que seul engendra le Très-Haut. Les perles sorties des mains de la nature semblent n'avoir été formées que pour rehausser l'éclat des perles célestes. Un fruit délicieux est offert à nos yeux; le sein qui l'a conçu est encore ignoré; ô perle! ta conception est d'autant plus admirable qu'elle a été opérée sans le secours d'un époux et des principes fécondants; ton origine est unique, jamais tu n'auras de rivale. On dit que le Seigneur eut des frères, et certes, c'est à tort, puisque par sa nature Il est seul et unique. Ô admirable et merveilleux enfant, qui n'as rien de semblable à toi que le Fils seul-engendré! Eh bien, je veux qu'on dise que tu as autant de frères et de soeurs que les diadèmes royaux font briller de rubis. Daigne accepter pour frères et pour amis les précieux béryls et les pierres étincelantes. Que l'or soit aussi admis au nombre de tes parents, il n'en est pas moins vrai que nul, si ce n'est tes élus, ne peut venir prendre place sur le diadème du Roi des rois. Tu étais sortie de la mer, sépulcre d'êtres vivants, lorsque tes bien-aimés vinrent au-devant de toi; en les considérant, tu t'es écriée : "Je suis venue ici, troupe de saints, parce que je voulais vous avoir pour proches, pour parents et pour frères." Les épis portent les grains de blé enveloppés dans leurs cellules, mais les diadèmes des rois te tiennent enchâssée dans une élégante cavité d'or. Cet honneur si bien mérité t'a été rendu, afin que tu puisses monter, du lieu où tu étais ensevelie, au plus haut degré de la gloire. C'est dans un champ que l'épi de blé porte le froment; mais c'est à sa tête et comme un ornement de prix qu'un roi, traîné dans un char magnifique, te promène partout avec orgueil. Ô bienheureuse fille de la mer qui, des ondes où tu as été engendrée, es venue sur la terre pour chercher ceux qui t'aiment. Dès ton apparition, ils se sont emparés de toi pour te faire servir à leur parure. De même les nations ont embrassé le Fils seul-engendré dès sa Venue au milieu d'elles; elles L'ont aimé, et chacune à l'envi L'a porté sur sa tête comme un glorieux diadème.
Les hommes ont battu le serpent par la secrète force de la vérité, et le serpent a été foulé aux pieds; alors aussi les vainqueurs ont rejeté leur vêtement d'ignominie et, se plongeant bientôt dans les eaux pures, ils se sont revêtus du Christ par l'onction sacrée; c'est aussi de son Sein qu'ils t'ont tirée. De là ils sont sortis nus et rejetant loin d'eux les vêtements qu'ils avaient déjà dépouillés. Par cette résolution ils ont retiré leurs âmes de la gueule du serpent qui, dans sa douleur, poussa de vaines plaintes.
III.
Que j'aime à te voir, ô perle divine, chercher dans ta simplicité précieuse l'éclat de la lumière et fuir l'obscurité des ténèbres! Le marchand, plein de ton amour, s'est dépouillé de ses vêtements, non point pour te couvrir, puisque tu n'étais point nue car ton éclat te protège, t'embellit et te revêt des vêtements qui te manquent. Par là tu représentes Eve, qui ne fut jamais plus voilée que tant qu'elle conserva sa nudité. Aussi combien mérite-t-il notre haine, ce fourbe qui, enveloppant la femme de ses pièges, la dépouilla de son innocence et l'abandonna sans voile. Il n'en sera pas ainsi pour toi, le serpent n'enlèvera pas ta parure, il n'en a pas la puissance; et, dans ton jardin de délices, une lumière nouvelle te couvre d'une robe semblable à celle de la femme innocente.
La mer contient d'énormes poissons, une foule d'entre eux arrivent à une prodigieuse grosseur, et ils sont cependant véritablement bien petits. Mais toi, divine perle, quelle que soit ta petitesse, tu décores le diadème des rois avec splendeur et magnificence : par là je veux dire que tu es le symbole du Fils de Dieu, dont l'humilité a élevé Adam à la dignité souveraine. Attachée au diadème, tu couronnes le front, ton aspect flatte les yeux, et tu es l'ornement des oreilles. Assez longtemps tu es restée sous les eaux, toi à qui la nature avait assigné la terre pour demeure. Pourquoi retourner dans ta patrie ? tu dois t'habituer à nos oreilles, vraiment, il est naturel qu'elles conçoivent pour toi le même amour que pour la parole de salut, parole qui pénètre en elle, tandis que toi, tu restes en dehors: que notre oreille, à qui tu as été destinée par ton Créateur, apprenne de toi à rechercher la parole de vérité: sois-en le miroir, que ta beauté nous rende l'éclat du Verbe, et que par toi nous connaissions tout son prix! Suppose que l'oreille est un rameau, pense que le corps est un arbre, et que tu es entre eux comme le principe de la divine lumière; peut-être aussi tes symboles représentent-ils la source de la lumière elle-même. Le Seigneur a dit que tu ressemblais au royaume des cieux, royaume dont Il dit dans un autre passage que les cinq vierges en obtinrent l'entrée parce qu'elles avaient su conserver la lumière de leurs lampes (Mt 25,1). Et toi aussi, tu ressembles aux vierges et tu brilles de la même lumière qu'elles.
N'offrez jamais une perle à la femme pauvre, cette parure ne lui convient pas: qu'elle se borne à acquérir gratuitement la foi qui s'unit et s'adapte à tous les organes de l'homme. Mais qu'une dame noble n'échange pas sa perle pour de l'or. Toi qui saisis le sens de ces paroles, quelle honte, quelle infamie, tu le vois, pèserait sur ta tête, si tu pensais à jeter dans la boue une perle d'un si grand prix. La valeur de la perle éternelle, il faut l'apprécier en la comparant à ce frêle diamant que nous gardons dans un écrin, que nous portons enchâssé dans un anneau, et qu'ensuite nous cachons sous clef, avec tant de précautions et de soins. Quant à ta perle, c'est dans ton coeur que le Très-Haut a marqué sa place; car Celui qui a mis un prix aux choses sait demander et tenir compte des bienfaits et de la reconnaissance.
IV.
Le bon larron avait ouvert son coeur à la foi; la foi s'en empara, et, l'attachant par des liens spirituels à l'arbre de la croix où il avait été suspendu pour ses crimes, elle l'emporta avec elle dans un jardin de délices. Dans la faim qui le pressait, dans cette soif de justice qui le dévorait, ce bois était pour lui le bois sauveur de l'immortalité; et, en mangeant le fruit qui pendait à ses rameaux, il a été l'image d'Adam notre premier père. Égaré dans les voies de l'erreur, un homme insensé s'attaque à la foi, et, pour calmer l'irritation de son oeil trompé, il prétend l'enlacer dans les filets de ses questions captieuses; mais si le plaisir attaché à cette satisfaction passagère trouble un instant son regard, combien la manie de disputer contre la foi aveugle davantage l'esprit! Le plongeur examine-t-il avec une triste anxiété la perle qu'il vient de trouver ? Les marchands, qui se réjouissent qu'elle soit tombée entre leurs mains, s'inquiètent-ils d'où elle peut venir ? Et le roi prend-il la peine de demander qui l'a placée à sa couronne ?
Ô perle! s'imaginer que tu es composée de la réunion de plusieurs parties, c'est une grossière erreur; ta nature atteste que tu n'es pas une oeuvre de main d'homme et que tu n'es pas divisible comme toute espèce de pierre. Non, non, tu es l'image du Fils unique engendré et non créé; l'image! et voilà pourquoi tu n'es pas comparable au Fils de Dieu ; car tu tires ton origine d'un lieu obscur, et le Fils de ton Créateur est sorti du Très-Haut, aux pieds duquel rampe tout ce qu'il y a de plus grand; et c'est de sa similitude parfaite avec le Père qu'il faut conclure sa dissemblance avec Lui-même. On peut assigner deux berceaux à ta naissance; en descendant du ciel ta nature était fluide et subtile; puis tu es sortie des eaux solides et compactes comme le cristal, et alors tu t'es complu dans le commerce des hommes; mais dès ce moment tu as pris un corps, pour ainsi dire, tu as été enchâssée dans l'or par la main habile de l'artisan, puis attachée au diadème, comme sur une croix, par ceux qui ont eu le bonheur de te posséder, tu ornes le front des vainqueurs comme l'insigne du courage; tu brilles suspendue aux oreilles, et tu en es comme le complément et la force, et tu as ainsi l'heureux privilège de t'appliquer à tout avec grâce.
V.
Admirons maintenant ce trésor, c'est-à-dire la perle, qui est sortie des eaux de son propre mouvement pour venir au-devant des désirs du plongeur, nous rappelant la lumière qui s'offre d'elle-même à nos yeux, brillante image du soleil divin qui, sans qu'on le lui demande, fait luire un jour éclatant, non pas à nos sens, mais dans nos esprits. C'est avec la même habileté que le peintre reproduit ton portrait sous les couleurs de sa palette, mais de manière que nous reconnaissions en toi la figure de la foi exprimée non par l'effort du pinceau, mais par des caractères, des figures et des symboles, en même temps que nous voyons dans les traits dont il t'a embellie ceux de ton divin Auteur. Tu es sans parfum; cependant tu nous réjouis et nous enivres par l'odeur des mystères divins; tu n'es pas un aliment, et pourtant tu communiques une saveur délicieuse à notre palais; tu n'es pas une liqueur et tu ne saurais étancher la soif de l'homme altéré, cependant tu es pour nos oreilles une source mystique, dont le doux murmure charme ceux qui l'écoutent.
La bassesse de ton origine n'ôte rien à ta grandeur. Ton volume, ta masse et ton poids atteignent le dernier degré de la petitesse; cependant tu donnes au diadème une dignité que nul ne saurait imaginer. Celui qui, n'apercevant pas ta grandeur cachée sous ton petit volume, te dédaigne et ne s'afflige pas de ta perte, déplorera bientôt son imprudence lorsqu'il te verra orner le diadème des rois et qu'en même temps il t'entendra lui reprocher son ignorance.
Des pêcheurs se plongèrent nus dans les flots de la mer, et te firent briller à nos yeux. Perle admirable, ce n'est pas de la main des rois que tu as passé d'abord dans celle d'un autre; ce sont de vils mercenaires qui, dépouillés de leurs vêtements, t'arrachèrent pour notre usage du fond de la mer. Ils étaient la figure des apôtres du Seigneur, pauvres, pêcheurs et Galiléens. L'accès jusqu'à toi n'est en effet possible ni par une autre voie, ni pour d'autres hommes; ceux qui ne se sont pas défaits de leurs anciens vêtements espéreraient en vain te posséder; ceux que tu as enrichis ont été nus comme de petits enfants et ont enseveli leurs corps sous les eaux; ils sont descendus vers toi; mais tu les as reçus avec tendresse, heureuse de l'amour que tu leur inspirais. Ils proclamèrent aussitôt ta grandeur et ta beauté; et ces hommes que pressaient l'indigence et la misère tirèrent de leur sein et offrirent aux regards étonnés des lapidaires la perle nouvelle qu'ils avaient conquise. Le peuple était ravi du don précieux qu'on daignait lui faire; il t'embrassa de ses deux mains : tu étais à ses yeux le baume consolateur des maux de la vie.
Tous ceux qui, prêts à descendre sous les flots, se sont dépouillés de leurs vêtements, figurèrent ton ascension du sein des eaux. Les apôtres qui devaient être les prédicateurs de la vérité du Créateur, attendirent sur le bord de la mer que le Fils seul-engendré fût revenu des enfers, et bientôt la mer fut honorée de ta présence et de celle du Seigneur. Quiconque sortit des eaux saintes après s'y être plongé reprit ses vêtements; c'est ainsi que Simon Pierre, après avoir traversé la mer à la nage, cherchait à couvrir sa nudité, regrettait les habits qu'on lui avait dérobés. Les uns et les autres, en effet, s'étaient revêtus de ton amour et de l'amour de ton Dieu.
LE VEHICULE DE DIAMANT
illustration empruntée
Tout est harmonie, c'est-à-dire dosage. Les différents dosages ne sont qu'une même harmonie dont les modalités, par ordre de
complication croissante figurant la disposition interne de l'harmonie universelle. 5 s'impose comme le symbole du centre. Les signes voisins, composent une image où l'ordonnance du monde se trouve
représentée numériquement. Ceci s'exprime à l'aide de neuf mots précédés, chacun, de l'un des neuf premiers nombres :
L' Univers, c'est le char ou la maison du Chef. Le Monde est un char à ridelles recouvert par un dais. Le dais est circulaire et figure le Ciel ; la Terre est
représentée par la caisse carrée qui supporte l'occupant du char. Au Ciel, le Soleil parcourt sa carrière monté, lui aussi, sur un char. Quand on dit : «la Terre porte et le Ciel couvre », on
n'évoque pas moins la maison que le char. L'édifice carré où le suzerain reçoit les feudataires, doit être recouvert par un toit circulaire. C'est sous le
pourtour de ce toit que le Fils du Ciel promulgue les ordonnances mensuelles qui ajustent les temps aux espaces. Le toit du Ming t'ang et le dais du char sont reliés par des colonnes, les piliers du
Ciel, à leur support carré. Elles sont en rapport avec les Huit Directions, les Huit Montagnes et les Huit Portes qui livrent passage aux Nuées pluvieuses et aux Huit Vents. Reliés par
l'intermédiaire des Huit Vents aux Huit Trigrammes que l'on dispose en octogone, les Huit Piliers rattachent le périmètre de la terre au pourtour circulaire du
Ciel. La structure du char (dais et colonne) illustre les rapports 9/6 et 8/7.
Mais, depuis la révolte de Kong-kong, l'équilibre est rompu, il a brisé le pilier du Ciel et rompu l'amarre. Ciel et terre basculèrent, si bien que le Soleil, la
Lune et les Constellations durent s'acheminer vers le Couchant et les eaux s'échappèrent. Les souverains doivent maintenir la civilisation en étendant à toute la
hiérarchie des êtres un système cohérent d'attitudes. Pas de nécessité, Pas de liberté. L'Univers est un système de comportements, et ceux de l'esprit ne se distinguent pas de ceux de la matière.
La notion d'âme qui s'opposerait au corps comme à l'ensemble des corps matériels est étrangère à la pensée chinoise.
Quand le Chaos fût parmi les hommes, les génies de l'Eclair lui percèrent une ouverture pour lui donner face humaine. Au septième jour, le Chaos mourut car toute naissance ressemble à une mort. Chez
les sages, les ouvertures fonctionnent librement, les 7 de la face et les 7 du cœur. La qualité de vivant ne se conserve que si les premières sont ouvertes ; la sainteté est obtenue quand les autres
sont débouchées. La vie s'épanouit quand rien n'entrave l'endosmose du Microcosme et du Macrocosme. La Musique rapproche; les Rites différencie. De l'union résulte l'affection; des différences le
respect mutuels. Permettre aux Passions de s'accorder, tels sont les rôles de la Musique et des Rites. Par la Musique, les rapports sociaux sont observés. Les êtres conservent la place qui leur est
assignée. La Musique tire du Ciel son rendement civilisateur; les Rites empruntent à la Terre leur capacité de réglementation. Conserver sans déviation un équilibre juste et correct (MAAT), voilà la
complexion des Rites qui, par le respect de soi et d'autrui, aident à la réglementation.
En EGYPTE La période pré dynastique se termine à la création de la Ire dynastie pharaonique avec l'unification du pays par Narmer aux alentours de –3100. (Labyrinthe-1800, Akhenaton-1350.)
C'est la Parole qui crée le monde. Les hiéroglyphes sont la transcription du Verbe Originel dont les échos résonnent dans la Création et animent l'univers. Les «Textes des Pyramides (2600)» sont la
première fixation par l'écriture d'une tradition orale. Ils étaient destinés au seul roi, comme un aide-mémoire et un guide
qui devaient l'accompagner dans son dernier voyage. Bien avant Hermès Trismégiste, ils proclament l'Unité Cosmique et la correspondance entre le monde céleste et l'Égypte(La matière). Ils affirment
l'origine divine du principe royal et établissent le roi comme l'intermédiaire entre ces deux mondes. Le but du rituel est de faciliter l'ascension du défunt vers ses frères les dieux dans le ciel,
ou monde supérieur. «Un escalier, haut dans le ciel, sera construit pour le roi, pour qu'il monte sur ses marches jusqu'au sommet du firmament ! Oui, il monte sur les vapeurs du grand encensement.
Comme une oie, il s'envole, et, parvenu au ciel, comme un jeune soleil, il vient s'y reposer sur le trône.». Le rituel consiste en offrandes qui sont faites dans des temples à ciel ouvert devant de
gigantesques obélisques. Le pyramidion situé au sommet de ces obélisques représente le Tertre Initial qui est la cristallisation de la Lumière Originelle. Le roi, le médiateur, reçoit le Souffle de
Vie de son père Râ, et transmet ce Souffle à ses sujets. Son rôle mythologique est important, il est le dispensateur de la vie sur terre et le garant de l'Ordre
Cosmique qui maintient la Création hors du Chaos Initial. L'acte créateur du Démiurge avait consisté à mettre en Ordre, ce Chaos. La Création est considérée comme
le sacrifice du Créateur qui interrompt son repos dans l'Unité pour projeter une partie de lui même sous la forme du Verbe-Lumière dans toutes l'espace, dans le Multiple. Cette Création descend
jusqu'aux plans les plus bas du monde matériel. Elle consiste en une cristallisation du Verbe-Lumière qui se densifie s'éloignant de sa source. Cette densification donne naissance aux formes
matérielles. Ce monde manifesté est la vibration la plus basse du clavier cosmique, mais il n'est pas séparé de sa source et vibre à l'unisson avec elle.
L'offrande que fait le roi sur l'autel devant le symbole solaire n'est que le juste retour du sacrifice originel. Le rituel a pour but de maintenir des relations
harmonieuses entre le Créateur et la Création. Cette harmonie est personnifiée sous les traits de la déesse Maât, l'Ordre Universel.
Pour les Égyptiens de l'antiquité, l'Akh (« le bienheureux ») est l'un des éléments qui entre dans la composition de l'être. Il s'agit d'un principe spirituel immortel, la clarté qui vit au ciel
après la mort. Il est représenté sur les parois des temples et des tombeaux sous les traits d'un ibis. Même si à l'origine seul le pharaon et les dieux possédaient
l'Akh, le principe fut ensuite étendu à l'entourage du roi, puis aux nobles, puis aux riches pour enfin être étendu à tout les simples mortels.
Certains considèrent l'Akh comme étant le Ka réuni au Ba par les rites du réveil de l'âme. Akh (Akhou) parfois traduit par transfiguré, vit au ciel auprès du dieu Ré après la justification.. Les
ésotéristes y voient le corps glorieux de résurrection éternel et d'un éclat resplendissant. Si je quitte la matière, la matière ne me quitte pas, je vais vers l'illumination corps (glorieux), âme et
esprit.
X
un seul souvenir démultiplié en infinies transparences
« Il est vrai, sans mensonge, certain, & très véritable.
Ce qui est en bas, est comme ce qui est en haut :
et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, pour faire les miracles d'une seule chose.
Et comme toutes les choses ont été, & sont venue d'un, par la méditation d'un :
ainsi toutes les choses ont été nées de cette chose unique, par adaptation.
Le soleil en est le père, la lune est sa mère, le vent l'a porté dans son ventre ; la Terre est sa nourrice.
Le père de tout le telesme de tout le monde est ici.
Sa force ou puissance est entière, si elle est convertie en terre.
Tu sépareras la terre du feu, le subtil de l'épais doucement, avec grande industrie.
Il monte de la terre au ciel, et derechef il descend en terre,
& il reçoit la force des choses supérieures et inférieures.
Tu auras par ce moyen la gloire de tout le monde ; et pour cela toute obscurité s'enfuira de toi.
C'est la force forte de toute force : car elle vaincra toute chose subtile, et pénétrera toute chose solide.
Ainsi le monde a été créé.
De ceci seront & sortiront d'admirables adaptations, desquelles le moyen en est ici.
C'est pourquoi j'ai été appelé Hermès Trismégiste,
ayant les trois parties de la philosophie de tout le monde.
Ce que j'ai dit de l'opération du Soleil est accompli, et parachevé. »
mnemeion

